Il existe des spectateurs qui connaissent Un tramway nommé Désir grâce au film avec Marlon Brando et d’autres qui ont découvert cette histoire en lisant la pièce de Tennessee Williams. Une représentation peut reprendre les mêmes personnages et donner une impression différente, car les acteurs doivent faire sentir la fatigue de Blanche, la colère de Stanley et la position difficile de Stella, alors que le lecteur peut revenir sur une scène lorsqu’il n’a pas compris une réaction. Mais quelquefois la différence ne se remarque qu’à la fin.
Cette pièce créée en 1947 raconte l’arrivée de Blanche DuBois chez sa sœur à La Nouvelle-Orléans. Elle espère pouvoir rester quelque temps dans cet appartement, après avoir perdu la maison familiale et une grande partie de ses repères. Stanley, le mari de Stella, n’apprécie pas cette visite. La version présentée aux Bouffes Parisiens du 31 janvier au 25 mai 2024, avec Cristiana Reali et une mise en scène de Pauline Susini, reprend ces relations dans un espace où les personnages se croisent continuellement.
Blanche arrive chez sa sœur sans savoir combien de temps elle pourra rester
La différence entre Blanche et sa sœur Stella apparaît dès leur rencontre. Stella vit avec Stanley dans un quartier populaire de La Nouvelle-Orléans, tandis que Blanche arrive avec ses vêtements et ses souvenirs d’une vie qu’elle ne mène plus. Elle a perdu Belle Reve, la propriété familiale, et souhaite trouver un endroit où reprendre des forces. Mais l’appartement est petit. On entend facilement ce que les autres racontent.
Blanche parle beaucoup et cherche à donner une meilleure image de sa situation. Elle raconte un souvenir avec assurance, puis évite de répondre lorsqu’une question devient trop précise. Stanley remarque ces contradictions et veut vérifier ce qu’elle lui dit. La jeune femme n’est donc pas seulement une invitée qui dérange les habitudes du couple. Elle apporte une histoire que Stella connaît en partie, mais dont Stanley se méfie.
Pour comprendre cette arrivée, plusieurs éléments de la pièce peuvent être retenus :
- Blanche a quitté sa vie précédente après la perte de Belle Reve et des difficultés personnelles.
- Stella souhaite accueillir sa sœur sans renoncer à la vie qu’elle partage avec Stanley.
- Stanley se méfie du récit de Blanche et cherche à connaître les raisons de sa venue.
- L’appartement laisse peu de place à l’intimité, ce qui rend les désaccords difficiles à éviter.
Stanley et Blanche n’ont pas la même façon de vivre avec les autres
Une autre différence entre Blanche et Stanley réside dans leur attitude. Blanche tient à conserver une apparence élégante, même lorsqu’elle manque d’argent. Stanley parle plus directement et ne cache pas toujours sa colère. Chacun représente pour l’autre une manière de vivre qu’il n’apprécie pas. Blanche critique les habitudes de Stanley. Celui-ci supporte difficilement qu’elle se considère comme supérieure, surtout dans son propre appartement.
L’exemple des parties de poker montre cette opposition. Stanley retrouve ses amis et souhaite continuer ses soirées comme avant l’arrivée de Blanche. Elle doit supporter le bruit, alors qu’elle aimerait davantage de tranquillité. Stella se retrouve au milieu. Pour Stanley, il n’y a pas de raison que sa belle-sœur change entièrement les habitudes de la maison. Blanche, en revanche, s’inquiète pour sa sœur lorsqu’elle voit le comportement de Stanley.
La violence de Stanley ne doit pourtant pas être présentée comme une simple différence de tempérament. Ses accès de colère ont des conséquences sur Stella et sur Blanche. Une mise en scène peut montrer un personnage très sûr de lui sans demander au public d’excuser ce qu’il fait. C’est important dans une pièce où la peur et l’attirance peuvent se retrouver dans la même relation.
Stella doit choisir entre sa sœur et une vie qu’elle ne veut pas quitter
Stella n’occupe pas une place très confortable dans cette histoire, car elle aime son mari et souhaite également protéger sa sœur. Elle a quitté depuis longtemps le milieu dans lequel elle a grandi avec Blanche. Sa vie est maintenant auprès de Stanley, avec leurs habitudes et leur manière de se retrouver après une dispute. Blanche ne comprend pas toujours ce choix. Elle voudrait que Stella reconnaisse le danger que représente son mari, alors que Stella continue à espérer pouvoir vivre avec lui.
La situation devient encore plus compliquée lorsque Blanche parle du passé familial. Elle reproche à sa sœur de ne pas avoir été présente pendant les difficultés qui ont précédé la perte de Belle Reve. Stella connaît une partie de cette histoire, mais elle n’a pas vécu les mêmes événements. Les deux femmes ne se disputent donc pas seulement à cause de Stanley. Elles se retrouvent aussi devant des souvenirs dont elles ne donnent pas exactement la même explication.
Cristiana Reali interprète Blanche dans la version des Bouffes Parisiens
La mise en scène de Pauline Susini, présentée au Théâtre des Bouffes Parisiens en 2024, confie Blanche DuBois à Cristiana Reali. Nicolas Avinée joue Stanley Kowalski et Alysson Paradis interprète Stella. Lionel Abelanski incarne Mitch, un ami de Stanley qui s’intéresse à Blanche. Les quatre personnages occupent une grande place dans la représentation, même si leur manière de parler et de réagir n’est pas la même. Blanche peut chercher à séduire avec des paroles très travaillées, tandis que Stanley demande des réponses plus directes.
Cristiana Reali doit montrer une femme qui essaie encore de conserver une certaine assurance, alors que ses souvenirs et les événements présents la rendent de plus en plus fragile. Il serait possible de jouer Blanche comme une personne toujours inquiète. Mais cela ferait oublier qu’elle sait aussi plaisanter, séduire et donner le change lorsqu’elle ne souhaite pas être interrogée. Dans les comptes rendus de cette production, plusieurs critiques ont souligné cette évolution du personnage au cours des scènes.
| Personnage | Interprète aux Bouffes Parisiens | Sa place dans l’histoire |
|---|---|---|
| Blanche DuBois | Cristiana Reali | Elle cherche un refuge et tente de cacher une partie de son passé. |
| Stanley Kowalski | Nicolas Avinée | Il se méfie de Blanche et impose sa présence dans l’appartement. |
| Stella Kowalski | Alysson Paradis | Elle essaie de préserver son couple tout en accueillant sa sœur. |
| Harold Mitchell, dit Mitch | Lionel Abelanski | Il se rapproche de Blanche et envisage une relation avec elle. |
Le décor de l’appartement donne peu de liberté aux personnages
Une autre différence entre Un tramway nommé Désir et une pièce qui change souvent de lieu se retrouve dans l’appartement. L’histoire se déroule principalement chez Stella et Stanley, avec des personnages qui entrent et sortent sans pouvoir vraiment s’éviter. Le décor de James Brandily utilise des meubles et des voilages qui séparent les espaces sans cacher complètement ce qui se passe. On peut chercher à s’isoler. Mais les autres ne sont jamais très loin.
Dans cette production, plusieurs critiques ont remarqué la façon dont l’espace paraît se resserrer au fur et à mesure que les tensions augmentent. Les rideaux laissent voir des silhouettes, tandis qu’un déplacement peut suffire à faire comprendre que Blanche essaie de se mettre à l’écart. La mise en scène n’a donc pas besoin de multiplier les grands décors. Elle utilise plutôt un logement dont les dimensions deviennent gênantes pour ceux qui doivent y vivre.
On retrouve cette difficulté de partager un lieu dans d’autres spectacles, même lorsque l’histoire racontée n’a rien à voir avec celle de Tennessee Williams. Dans Le Repas des fauves au théâtre, les personnages doivent également rester ensemble dans un espace où les décisions des uns changent la situation des autres. Les raisons de leur enfermement sont différentes. Mais la proximité empêche parfois de prendre du recul.
Les lumières et le son interviennent lorsque les souvenirs reviennent
La lumière et la musique ne servent pas uniquement à accompagner les déplacements. Dans Un tramway nommé Désir, Blanche entend et revoit des choses liées à son passé, alors que les autres ne partagent pas ses souvenirs. Il faut faire comprendre cette différence sans expliquer chaque événement. Que cela soit par une musique ou un changement d’éclairage. Pauline Susini utilise le son de Loïc Le Roux et les lumières de César Godefroy pour accompagner ces moments.
Une lumière plus forte peut faire ressortir un moment violent, tandis qu’un éclairage plus doux peut laisser Blanche parler sans être exposée de la même manière au regard des autres. Cela correspond aussi à sa difficulté à accepter son âge et les changements survenus dans sa vie. Certains effets sonores rappellent des souvenirs dont elle ne parvient pas à se détacher. Le public n’a pas besoin de connaître immédiatement tous les détails. Il comprend peu à peu que cette femme vit aussi avec ce qui lui est arrivé auparavant.
On parle parfois d’ambiance magique lorsqu’un spectacle utilise la lumière pour produire un effet surprenant. Ici, le résultat recherché est différent. Le son et les lumières accompagnent une situation de plus en plus difficile, sans chercher à faire oublier ce que les personnages traversent.
Les avis sur la représentation ne sont pas tous identiques
Il existe des spectateurs qui apprécient surtout le jeu des acteurs et d’autres qui accordent davantage d’importance au rythme de la pièce. La version présentée aux Bouffes Parisiens a reçu plusieurs critiques favorables, notamment pour l’interprétation de Cristiana Reali, mais cela ne signifie pas que toutes les personnes présentes ont ressenti la même chose. Certains avis publiés après les représentations saluent la comédienne et l’atmosphère du spectacle, tandis que d’autres trouvent le début trop long ou regrettent de ne pas toujours entendre correctement les dialogues. Les deux appréciations peuvent concerner une même production.
Pour lire un avis sur cette adaptation, il faut donc regarder ce qui est réellement commenté. Une personne peut apprécier Blanche et trouver que les changements de lumière occupent trop de place. Une autre peut être sensible aux décors et avoir davantage de difficultés avec le texte de Tennessee Williams. Il ne s’agit pas de choisir une opinion uniquement parce qu’elle est favorable ou défavorable. Les observations sont plus utiles lorsqu’elles concernent un élément précis de la représentation.
Quelques points permettent de comparer les réactions publiées :
- La manière dont Cristiana Reali fait évoluer Blanche pendant la représentation.
- La place occupée par Stanley et Stella dans les scènes de dispute.
- Le rôle des voilages, des lumières et de la musique dans l’appartement.
- La durée du spectacle et la facilité avec laquelle les dialogues peuvent être suivis.
La fin de Blanche change aussi le regard sur les premières scènes
La dernière partie de la pièce montre à quel point Blanche se retrouve isolée dans un appartement où elle était venue chercher de l’aide. Stanley découvre des éléments de son passé et les utilise contre elle. Mitch, qui avait commencé à s’attacher à Blanche, apprend également des choses qu’elle ne lui avait pas racontées. La possibilité d’une nouvelle relation disparaît progressivement, alors que Blanche avait espéré pouvoir repartir autrement. Ce n’est pas seulement la perte d’un projet amoureux. C’est aussi la disparition d’un endroit où elle pensait être acceptée.
La violence sexuelle exercée par Stanley marque une rupture dans l’histoire et ne peut pas être considérée comme une simple dispute supplémentaire. Blanche se retrouve ensuite dans une situation où sa parole n’est pas entendue comme elle devrait l’être. Stella doit prendre une décision particulièrement douloureuse et la fin laisse voir les conséquences de cette violence. Les personnages ne pourront plus revenir à la situation du début.
On rencontre cette place du passé et de la souffrance dans d’autres œuvres de théâtre. L’analyse de l’œuvre Incendies montre également des personnes dont la vie présente est liée à des violences anciennes. Les deux histoires ne racontent pas les mêmes événements, mais elles demandent au public de comprendre une personne à partir de ce qu’elle a vécu avant le début de la pièce.
La version des Bouffes Parisiens dépend beaucoup de la manière dont Cristiana Reali fait exister Blanche devant Stanley, Stella et Mitch. Les décors et la musique accompagnent cette interprétation. Mais c’est en voyant ces personnages vivre ensemble que l’on comprend pourquoi Blanche ne trouve pas le refuge qu’elle cherchait.





